Mes très chers lecteurs,
Que la saison de l’autumn réchauffe vos coeurs au coin du feu, aujourd’hui non sans clin d’oeil à l’approche d’halloween (la veille de tous les saints), quelle meilleure transition pour aborder le concept du « ghosting » dans ce billet ?
Fantômisation, coup d’effroi ou rupture à l’anglaise
Trois termes désignant le phénomène de faire le mort derrière son écran. L’art de la disparition numérique tant soudaine qu’inattendue, coupe par conséquent toute forme de communication.

Peu importe la raison de cette action (par la non-action), soulève l’intention d’occulter une personne avec une technique d’évitement. Une rupture silencieuse, muette et sans préavis qui réduit l’autre à l’état en deçà de l’objet. L’autre est « bazardé » sans explication ni indication quant à la raison.
Apparenté au domaine des communications en ligne, cela implique un lien entre deux personnes qui se rompt de manière unilatérale.
Mes bons amis, je vous vois crier au scandale et de juger le « Spectre » de lâche. Je vous invite à nous concentrer sur des faits tels que : l’ignorance de messages, d’appels ou toute autre forme de contact. Bien évidement, la personne qui en devient victime est alors « hantée » par celle qui l’a « abandonnée » / « rejetée ».

SPECTRIFIER
Pour Audrey PM, il s’agit d’une rupture cruelle et indiscutable, dans laquelle le fantôme n’a pas à argumenter avec l’autre personne. Alors, avec la disparition totale de l’individu, en résulte une incapacité de réagir. – Ohdio
Vous le savez mes fidèles lecteurs, presque rien n’est laissé au hasard… L’anglicisme se traduit également par « rupture à l’anglaise », une fuite pas si en douceur que cela. Le ghosté est laissé dans l’incompréhension, blessé par la violence du silence et par cette disparition.

Filer à l’anglaise
S’éclipser. Partir discrètement (autrefois sans payer). Prendre la fuite.
Partir en douce. Prendre congé de (qqn/qqch).
Désignait également les déserteurs.
Aussi, au 16e siècle existait le verbe « angliser » signifiant voler.
Source : Europe1
Facilité, lâcheté ou sadisme ?
Le vice du ghosting (et du cloaking) implique que la relation semble être harmonieuse, agréable et qu’il n’y ait ni signe avant coureur, ni de tension palpable. A savoir que le Spectre est dans l’incapacité d’exprimer que « tout ne va pas si bien » ; en coupant le dialogue il laisse l’autre dans un état de sidération et d’incompréhension. Dans une majorité des cas, les derniers « messages » du déserteur sont positifs, intimes et habituels, tels que : « Tu me manques, j’ai vraiment hâte de te revoir » ou « Bonne nuit, à demain, Je t’aime« …
De prime abord, cela peut sembler être une solution de facilité pour le Spectre, il évite de se justifier, de se confronter, ou d’avoir une conversation difficile. Mais qu’en est-il ?
Peut-être s’est-il repassé en boucle chacun des mots, de vouloir choisir avec finesse la manière dont il peut articuler sa pensée pour finalement ne rien dire du tout. Quelles entraves le poussent à agir ainsi ? Lui seul détient la réponse. Nous pouvons supputer l’appréhension de se retrouver face aux émotions de l’autre (désarroi, colère, déception) en plus des siennes et de se dissoudre par des non-dits. Parfois en voulant protéger avec un silence, les deux individus s’abîment. Cacherait-il sa part d’ombre ? Une sensibilité devenue invalidante qui le contraint à refouler ses émotions et une partie de lui-même … en guise d’armure. Ne vous méprenez pas, je n’excuse nullement cette attitude, comme vous, j’essai de comprendre.
Dans un autre cas de figure, le Spectre peut également manquer cruellement de considération pour l’autre et notamment de l’impacte que cela peut avoir. Quid d’une communication ouverte et honnête dans une relation ?
Se présenter comme mort sans avoir le courage de se « suicider », en « tuant » la relation. Il brise toute opportunité. Ne serait-ce pas là un énième paradoxe que de se rendre invisible parce que justement il n’assume pas son existence dans la vie des autres ?
Le lien virtuel est un substitut fragile, un artéfact ?
Serait-ce une tragédie de s’engouffrer uniquement dans un seul lien ? D’autres formes de connexions existent : matérielle, spirituelle, numérique, biologique, interpersonnelle … En étant surconnecté, nous en venons à nous déconnecter de nous-même et des autres en tant qu’individu social dans la sphère physique.
Le manque de maturité de l’ex-interlocuteur trahit une inaptitude à recevoir un échange et de ce fait, le confronte à ses propres limites. Ne faut-il pas alors prendre le contre-pied et rire de la situation ? Avoir de l’empathie pour celui qui part ?
Miroir miroir : en mettant des limites à l’autre, en le bloquant (cloaking) il renvoie ses propres barrières.
Se faire ghoster renvoi au rapport que l’on a avec la mort, cette « rupture » soudaine et immédiate de contact peut se résoudre en fonction de notre propre pulsion de vie. Est-ce que je me laisse mourir moi aussi ou est-ce que la vie continue ? Être contraint d’un non-retour possible tout en sachant que la personne est en vie implique de faire le deuil de quelqu’un qui fait le choix de nous imposer sa mort.
Le paradoxe repose sur une fin sans fin. Le Spectre simule sa mort numériquement, mais sait-il ce qu’implique de disparaitre vraiment de la vie des gens ? Manque t’il seulement de courage ou active t-il son mode de survie à lui ?

ETATS DE SURVIE
Voici les trois états d’urgences instinctifs chez nous les Humains :
– Chercher à s’échapper ou se cacher (état de fuite)
– Se battre, affronter la situation ou l’agresseur (état de lutte)
– Faire le mort, se faire oublier ou se laisser manger (état d’inhibition)
Partant de l’hypothèse que le Spectre est en état de stress, il adopterait alors l’une de ces trois phases, voire plusieurs d’entres elles. Tentant de se libérer d’une situation qu’il ne lui convient pas et ne maîtrise pas. En l’état, il n’a soit pas su gérer autrement, soit n’a pas voulu en conscience de cause; et revêt une défausse totale de ses propres responsabilités à l’autre.
Double peine : culpabilité & responsabilité
N’est remis nullement en cause la valeur du soi, il est possible de reprendre le contrôle sur la situation : en acceptant le choix de l’autre. La volonté d’avancer incombe d’une force intérieure et de l’amour de soi car finalement l’attitude du Spectre, n’est-elle pas à la hauteur de qui il est ? Finalement, disons-lui merci ! C’est un cadeau que je conçois amer, tant sur le fond que sur la forme, mais chers lecteurs, vous méritez d’être respectés et considérés. Le Spectre quant à lui, en est totalement dépourvu. Littéralement « il n’en vaut pas la peine« .
Qu’importe les motivations du spectre (désintérêt, non positionnement, aucune prise de risque), cela revient à faire porter à l’autre le poids de responsabilités qui ne lui appartiennent pas : double peine.
A l’ère du consumérisme, le Spectre se mure dans son silence, n’assume pas, ne se positionne pas, est libre de tout engagement. De ce fait, il passe à autre chose plus rapidement et l’autre devient un indésirable.

Consumérisme, swipe & switch
Le choix de l’absence se fait non pas sans discretion mais par un « cris de silence » et d’inaccessibilité. Dans l’immédiat, il nous est possible de constater visuellement qu’un numéro n’émet plus, des statuts de connexion (en ligne / hors ligne) et des notifications de type distribué, vu, lu … En cela ce sont des signes d’alerte.
Le Ghosteur (par manque de précaution et/ou égoïsme) adopte un comportement inhabituel soudain et non conforme qui suspecte une alerte. Consciemment ou non c’est mettre l’autre en condition de « stress ». En revanche, faire le choix de « couper » tout contact c’est passer délibérément à l’act .
L’ individu spectrifié développe un principe d’inquiétude parce qu’il n’a plus de nouvelles. La cessation d’activité se matérialise par un non-signe de vie, par extension cela signifie qu’il y a « un problème », que le Spectre a un problème.
« J’ai consommé, je jette et je passe à autre chose ».
Se moque-il de l’impact ? Mes bons amis, il n’y a pas de règles, ni de mode d’emploi. Bien qu’il décide de tourner la page, il peut garder le poids d’une culpabilité ou bien il peut jouir du malaise qui va se créer (intuitivement chez toute personne normale).

Le ghosting : la rupture moderne ?
Comment c’était avant ?
Avant de « disparaître » il fallait physiquement partir, changer de numéro, d’adresse, de ville …
Le fantasme de créer sa propre mort qui n’existe pas. Un monde dans lequel il n’y a peu ou pas de responsabilité, le rapport de l’autre est à la fois désinhibé par la protection derrière un écran mais également une barrière entre les individus. Ne pensez-vous pas que le bashing (raciste, misogyne, homophobe, …) n’a jamais été aussi visible ? En ghostant une personne n’est-ce pas là une façon de se ghoster soi-même ? Est-ce que la disparition consciente numérique c’est jouer avec la mort ?
Le virtuel coupe t-il notre existence dans le réel ?
Jouer avec le concept de la mort, de l’absence, du manque et du vide tout en restant dans le monde des vivants. La simulation d’un tel act est certes très décevant et en dit long sur notre société. Pourrait-on évoquer un comportement apparenté à une tentative de suicide avortée ? Choisir auprès de qui on meurt (numériquement) et pour qui on décide de rester vivant.
L’existence dans un monde numérique est-il réel ? Est-il vrai ?
Quelle considération donnons-nous à la vie numérique ? Si nous sommes tant impacté par ce qu’il s’y passe, est-ce parce que nous lui donnons une importance exacerbée ? Oublions-nous que notre vie physique est la « vraie vie » ? Le numérique est un prisme de la réalité, celui que nous lui accordons.
Soulevons les concepts de la virtualité, de réalité et de la vérité…
La virtualité est une réalité mais seulement est-elle véritable ? Lors de nos échanges, ma bonne amie JB pointa également que le numérique n’est pas la réalité mais en un support, un outil. Si pour une raison x tous les serveurs sont hors d’usage, qu’il nous est impossible d’utiliser internet ou autres appareils technologiques … Nous ne survivons pas, nous VIVONS ! La fragilité technologique est décolérée de notre pulsion de vie primaire tels que boire, manger, dormir, nous reproduire …
Apprendre à dissocier l’impact du numérique c’est activer la confiance en la survie des liens quand le lien numérique n’existe plus (ou pas). La véracité d’une relation profonde existe mais n’est pas véritable par ce biais. L’outil digital est un vecteur car il peut la composer et l’entretenir mais ne la caractérise pas.

Démission décomplexée, accès refusé !
Aussitôt que la personne revêt son costume de fantôme, elle impose sa disparition soudaine sans retour possible. Il suffit d’un clic pour démissionner sans complexe de l’engagement, de l’intimité sans justification.
De surcroît, si l’on ajoute un supplément « cloaking » (bloquer) il devient impossible d’entrer en contact puisque le spectre devient un « utilisateur introuvable ». Vous m’en voyez indignée et meurtrie, quelle odieuse intention ! En plus de changer d’adresse, il a pensé à changer la serrure de toutes les portes …
Les paradoxes et tendances inversées
Le Spectre fantasme une position de force en provoquant la rupture du lien, mais qu’en est-il de celui qui est « l’objet » du ghosting ? Nous retrouvons deux postures le dominant et le soumis.
En s’assujettissant au lien numérique, la dépendance affective contraint et nourrit l’espace du vide. Cependant, l’esclave peut décider de se libèrer de sa condition astreignante en réagissant différemment. Si ce dernier a une stabilité émotionnelle et une estime de soi suffisante alors il n’est pas impacté dans son intériorité, c’est alors un retour à l’envoyeur.
Autre paradoxe : le maître domine l’esclave. A mesure qu’il domine son sujet le rapport s’inverse notamment par son besoin de domination. L’esclave devient libre en donnant sa totale soumission, dans le don (l’abandon) de lui, il devient l’objet dont le maître ne peut plus se passer.

Processus de deuil
Le principe de mourir.
Ce n’est pas tant d’être confronté à notre propre mort qui pause problème, on peut s’inquiéter de la mort des autres, de ceux qu’on laisse quand nous-même nous mourrons mais aussi de cette volonté que nous avons encore des choses à faire.
Cette vie sera belle et merveilleuse mais elle connaîtra aussi le chagrin.
Et puis, la vie continue …
Avec la mort vient la paix mais la douleur est le prix à payer pour ceux qui restent,
comme l’amour, elle est la preuve que nous sommes en vie. – Elena Gilbert, TVD
Marie Cambien explique que cette attitude est désarmante, ne pas donner du sens au départ n’officialise donc pas vraiment la fin, ce qui vient entacher le processus du deuil par la rupture du lien (familiale, amical, sentimental ou professionnel).
Dans le cadre du ghosting, cette mise en sens est refusée, ce qui rend les choses d’avantage difficiles. En conséquence, il engendre chez l’autre de la colère, de la frustration ou du ressentiment. Dans des cas plus sévères, il peut mener à l’isolement, à la difficulté à se reconstruire, à faire de nouveau confiance …
Je vous l’accorde, c’est une méthode injustement radicale, brutale (peu scrupuleuse) qui témoigne d’un rapport consumériste et utilitariste dans le rapport à l’autre. Je vous mets en garde sur la quête obsessionnelle de sens et paranoïde du « pourquoi « . Ô insoutenable impuissance, pouvant créer de la culpabilité, de l’angoisse ou encore une considérable baisse d’estime du soi. L’incertitude et l‘absurdité font place au réel.
Est-ce que cela a bien existé ?
Le comble est que la victime ressent un sentiment de dévalorisation alors que c’est précisément le Spectre qui ne se sentait peut-être tout simplement pas à la hauteur … Mes chers lecteurs, le ghosting nous renvoit-il à l’échec ?
Mythe du Gollem et anatomie
The « wire » en anglais signifie « câble » qui relie une machine à une autre pour établir une communication. Les connexions sont des liens électriques, anatomiques (neuronaux [synapses], sanguin [réseau], nerveux), numériques, intimes … Les connexions sont une dépendance relative.
Il appert que le lien (qui relie, unit) coexiste dans différentes sphères, il prend la place que vous lui accordez. Ainsi, le fil de votre vie est constellé de noeuds au cerveau ou à l’estomac, au cours de notre existence nous allons (dé)nouer des liens avec plusieurs personnes… Mes très chers comparses, soyez en paix, laissez les autres se tromper à votre sujet, laissez-les passer à côté. Soyez dans votre vérité, acceptez l’erreur car c’est par ce biais que l’évolution est possible. Nous verrons dans une autre chronique le rapport entre le lien de l’attachement et l’amour…
Amicalement vôtre,
Sources articles
Wiki
Ghoster, André Racicot
Les trois état de stress pour la survie, Futura-Sciences
Comportement amoureux : cloaking
L’absence, le manque et le vide
Redouter l’oubli
Petites boîtes, la dépendance à l’objet
Quand rompre avec un ochidoclaste est plus simple…

Sources graphiques
Sarah Beaulieu
Artefake
Les Chroniques de l’art
Instagram – Artiste inconnu
Canva – Monstrera Productions @Pexels
Lectures suggérées
Rupture(s), Claire Marin
Avoir le courage de ne pas être aimé, Ichiro kisimi & Fumitake Koga
Grandir, aimer, perdre et grandir, Jean Monbourquette
La puissance de l’acceptation, Lise Bourbeau
Les 5 blessures qui empêchent d’être soir-même, Lise Bourbeau
La guerison des 5 blessures, Lise Bourbeau
Les langages de l’amour, GaryChapman
Comment pardonner ?, Jean Monbourquette
Le pouvoir du moment présent, Eckhart Tolke

Laisser un commentaire